Militaire depuis plus de vingt ans et joueuse de rugby à Auch, Lisa Pointu mène de front deux engagements dans des univers longtemps dominés par les hommes. Entre déplacements, compétitions internationales et débuts parfois difficiles, elle raconte un parcours construit avec détermination.
Chez Lisa Pointu, l’engagement n’est pas un mot abstrait. Il se vit au quotidien, sur le terrain de rugby comme sous l’uniforme. Militaire depuis plus de vingt ans, cette Toulousaine originaire de Maubec, près de Mauvezin dans le Gers, évolue dans deux milieux où les femmes étaient, à ses débuts, très peu nombreuses. « Dans l'armée, je travaille dans les transmissions à Toulouse » raconte t-elle. Son rôle : intervenir sur des installations techniques pour les réparer ou les remettre en service. Un métier qui l’amène à se déplacer régulièrement. « Je bouge à droite à gauche pour dépanner », explique-t-elle.
À cette mobilité professionnelle s’ajoute celle du rugby. Seconde ligne au club d’Auch, Lisa Pointu joue aussi avec l’équipe de France militaire et la sélection de l’armée de Terre. Les compétitions s’enchaînent : dans une semaine elle prendra la direction de Lille pour affronter l’armée de Terre anglaise, dans un crunch très attendu. Pourtant, rien ne semblait vraiment la destiner à cette trajectoire.
« Je me suis dit que c'était cool »
Tout commence presque par hasard, lors de sa journée défense et citoyenneté. L’armée lui propose alors un premier contrat de trois ans. « Je me suis dit que c’était cool : tu bouges pendant trois ans et après tu sors avec un boulot », se souvient-elle. Elle part en formation à Montauban… et finalement ne quittera plus l’institution.
À 17 ans, elle quitte sa campagne gersoise pour rejoindre Rennes. Le changement est brutal. « Quand on arrive de sa zone de confort, de son cocon… l’ambiance est particulière », raconte-t-elle. Dans sa promotion, elles ne sont que deux femmes sur vingt-cinq recrues. Au fil des formations et des stages, beaucoup abandonnent. Elle, reste. « Dans ma classe on était deux filles… et j’ai fini seule », se souvient-elle. Mais pour Lisa, la question de la légitimité ne s’est jamais vraiment posée. « J’ai été élevée sans me dire que, parce que je suis une femme, je dois m’arrêter. » Malgré des débuts réussis, elle n'échappe pas aux commentaires sexistes. « Ça faisait un peu partie du packaging, srutout à l’époque », reconnaît-elle aujourd’hui avec recul. « Mais avec le temps, les mentalités évoluent et, dans l’armée, ce sont surtout les compétences qui comptent. Une fois qu’on fait ses preuves, il n’y a plus rien. C’est le grade qui compte. »
Reste un mode de vie exigeant, fait de mutations et de déplacements fréquents. Un rythme qui peut aussi peser sur la vie personnelle. Aujourd’hui séparée, Lisa reconnaît que ces contraintes peuvent compliquer l’équilibre familial. « Quand on est mutée quelque part, on sait que c’est éphémère », explique-t-elle. Elle observe aussi une réalité encore bien ancrée : « On suit moins une femme pour son métier qu’une femme suit un homme. »
N.M