Tableau spolié par les nazis : le portrait de la « Femme en bleu » retrouve sa place au musée Massey de Tarbes

C'est une étape importante dans l'histoire du patrimoine tarbais et dans le devoir de mémoire. Ce vendredi 6 novembre, à 11 heures, Pascal Claverie, maire de Tarbes, a été reçu au ministère de la Culture pour la cérémonie officielle de restitution du portrait de la « Femme en bleu », une œuvre du peintre Cornelis Janssens van Ceulen, en présence de l'arrière-petit-fils de Gabrielle Philippson, propriétaire du tableau avant sa spoliation.

L'histoire de cette œuvre remonte à la Seconde Guerre mondiale. En 1942, le tableau est spolié à la succession de Gabrielle Philippson, avant d'intégrer la collection d'Hermann Göring, l'un des principaux dignitaires du régime nazi. Plusieurs décennies plus tard, en 1985, la Ville de Tarbes acquiert le portrait pour les collections du musée Massey, sans connaître à l'époque son origine.

Un important travail de recherches historiques a permis d'établir la provenance de l'œuvre en 2023 et de mettre au jour son histoire. La municipalité a alors engagé une démarche de réparation avec les ayants droit de Gabrielle Philippson.

Une première pour une collectivité territoriale

La cérémonie organisée au ministère de la Culture a officialisé un accord entre la Ville de Tarbes et les descendants de l'ancienne propriétaire. Le principe retenu repose sur une restitution juridique du tableau aux ayants droit, suivie de sa nouvelle acquisition par la municipalité à sa valeur actuelle.

Cette procédure permet ainsi à la « Femme en bleu » de conserver sa place au musée Massey, tout en reconnaissant les droits de la famille spoliée.

Adoptée à l'unanimité par le conseil municipal le 29 juin dernier, cette démarche constitue une première application de la loi du 22 juillet 2023 à une œuvre appartenant à une collectivité territoriale.

Transmettre l'histoire de Gabrielle Philippson

Au-delà de l'aspect juridique et patrimonial, la Ville de Tarbes souhaite également faire de cette restitution un véritable travail de mémoire. Elle s'engage à présenter au public l'histoire de la spoliation du tableau et à transmettre celle de Gabrielle Philippson, victime des persécutions et des spoliations durant la Seconde Guerre mondiale.

Photo : Naomi Benetasse – Ministère de la Culture

Pour Pascal Claverie, cette démarche dépasse la simple question de la propriété d'une œuvre d'art. « La réparation, c'est le souvenir qui se traduit en actes », a souligné le maire de Tarbes.

Avec cet accord, la Ville entend ainsi concilier la reconnaissance du préjudice subi par une famille avec la préservation d'une œuvre majeure de ses collections. Un geste symbolique fort, qui rappelle que le devoir de mémoire passe aussi par la restitution de l'histoire et la reconnaissance des injustices du passé.

PC