Nicolas Bérejny et Omar Bouyoucef, deux Gersois au sommet de l'Olympe enneigé

Deux hommes, deux destins dorés. A la veille du début des Jeux Paralympiques d'Hiver de Milan, les Gersois Omar Bouyoucef et Nicolas Bérejny, une et trois médailles d'or autour du cou, reviennent sur leur histoire sportive.

L'un a toujours dû composer avec son handicap et a multiplié les expériences sportives – en continuant aujourd'hui à briller dans la discipline du laser-run – l'autre, rugbyman devenu malvoyant à la suite d'un accident de travail, a trouvé dans le ski alpin un nouveau terrain d'expression. Tous deux Gersois, Omar Bouyoucef et Nicolas Bérejny ont ramené à la France des titres paralympiques – 1994 pour Omar, 2006 et 2010 pour Nicolas – sur des pentes et une neige peu autochtone. Qu'importe. 

Les Jeux Paralympiques 2026

Nicolas Bérejny : Ca me rappelle toujours des bons souvenirs et tout ce qu'il a fallu faire pour y arriver. Tous les quatre ans ça fait des petits rappels.

Omar Bouyoucef : Ce sont toujours de beaux souvenirs à chaque fois. Les émotions qui reviennent par rapport à ce qu'on a pu apporter à l'équipe de France. Mais avec des petits regrets en voyant que le ski de fond assis n'est plus répresenté (en France), moi c'est plutôt dans cette discipline que j'étais.

Leur découverte du ski en tant que Gersois

N.B : Au rugby j'étais l'organisateur des sorties de ski. Quand j'ai eu l'accident j'ai eu besoin de faire du sport pour avancer et après avoir essayé plusieurs choses : vélo, course à pied … je me suis lancé dans le ski alpin avec des copains du rugby ne sachant pas vers où on allait. Petit à petit on a avancé. Le haut-niveau on savait même pas que ça exisait entre guillemets. Non, c'était vraiment pour faire quelque chose ensemble. Et très vite on s'est pris au jeu, au bout d'un an j'ai dit à mon copain du rugby qui était guide, « tant qu'à faire on peut essayer les Coupes de France ». Après le Championnat de France, après les Coupe d'Europe, qualifié en Equipe de France et ainsi de suite. Donc une fois arrivés à un certain niveau tant qu'à travailler fort et dur autant essayer d'aller le plus haut possible.

O.B : Dans les années 90 on découvrait tout parce que rien n'existait en ski de fond assis, c'est nous qui l'avons créé. On a inventé le matériel et découvert ça sur le tas. Je faisais beaucoup d'athlétisme avant et j'ai pu quand même rebondir sur cette spécialité en m'aidant des vallons du Gers. Je n'avais pas de neige à proximité, il fallait faire trois heures de route. Mais avec tout ça on a pu obtenir une belle médaille au bout. C'est assez exceptionnel. Le biathlon ce qui est bien c'est que tout le monde a démarré en même temps en 1994, c'est peut-être pour ça qu'on était sur un pied d'égalité avec les Norvégiens.

Les spécificités de leur discipline

N.B : Moi je ne vois pas le sol et je vois les portes au dernier moment. J'ai besoin d'un guide qui me donne des directions, du timing qui m'informe sur ce qui va se passer au niveau de mes jambes pour anticiper musculairement. Je ne vois aucun relief et je n'ai pas les courbes de niveau. La différence c'est qu'il faut faire confiance en son corps et écouter ses skis. Il faut accepter de relâcher et de laisser faire ses skis pour qu'ils aillent dans la pente. Tout fait qu'on est beaucoup plus stressé et pas du tout décontracté. Il faut arriver à lâcher prise.

(A propos de Sophie Troc, sa guide à partir de 2006, et compagne dans le 'civil'). On s'est rencontré au ski, ça a été d'abord ma guide et après voilà … on vit toujours ensemble. Quand vous vivez des expériences sur la longueur, vous vous connaissez sur plusieurs niveaux. Mais on faisait bien la différence entre le ski, la compétition et la vie normale entre guillemets.

O.B : Ce sont des petits bâtons qui font un mètre vingt au lieu d'un cinquante. On ne se propulse qu'à la force des bras donc c'est difficile. Et après c'est du matériel assez léger en aluminium, des châssis où se pose sur deux skis parallèles au tracé, ça permet d'avoir un maximum de glisse parce qu'on n'a pas de fart de retenu. On arrive à atteindre des vitesses entre 15 et 20 km/h et il y a de belles descentes où on atteint 40 à 50 km/h, le seul problème c'est qu'on n'a pas de freins, il faut freiner avec le dos des bâtons.

Leurs meilleurs souvenirs olympiques

N.B : J'avais deux prédilections : la descente parce que c'est la course souveraine, et le slalom spécial parce que c'est là que j'étais le moins bon et c'est là où j'ai réussi à avoir une médaille d'or (à Turin en 2006). C'est ma petite fierté personnelle parce que c'était beaucoup de travail technique, et je n'étais pas forcément le meilleur techniquement.

O.B : Nagano (1998), moi j'ai bien aimé. Le Japon c'est bien organisé à chaque fois ils mettent le paquet. On avait des médailles qui ressemblaient à des médailles, à Lillehammer c'était des médailles en plusieurs morceaux … Maintenant ce sont les mêmes valide ou invalide donc elles ont autant de valeur. Nous on avait pas la même valeur, on avait pas les mêmes primes, ça n'avait rien à voir.

L'évolution du handisport

O.B :Ils sont beaucoup plus professionnels maintenant certains. Ils sont habitués à la médiatisation, qu'on n'avait pas nous. On avait peut-être cinq minutes d'antenne dans la journée, eux ils ont du direct, mais d'avoir la médaille d'or ça donne beaucoup plus d'attention. Je n'avais pas eu le journal télévisé mais du Stade 2 ou du Tout le Sport. Un beau petit reportage d'une journaliste locale qui s'était battue pour qu'il soit acheté, avec les enfants de Roquetaillade qui faisaient parti de cette belle aventure.

C.P : Wikipedia

V.M