En pleine période de dévoilement de la carte scolaire 2026-2027, les voix s'élèvent des quatre coins du Gers dans les communes « lésées » par la disparition de postes d'enseignant. A Nougaroulet, où un regroupement pédagogique lie l'école municipale à celle du voisin de Crastes, deux maires ont décidé de prendre le problème de la dépopulation scolaire à bras-le-corps.
De trois postes à deux, le RPI (regroupement pédagogique intercommunal) Crastes-Nougaroulet devrait, comme plusieurs autres établissements gersois, perdre un poste d'enseignant à la rentrée prochaine. « Je ne suis pas du milieu mais je connais suffisamment de monde dans le milieu pour vous dire ce qu'ils disent. Quatre niveaux pour une institutrice je ne suis pas sûr que ça soit … » Les mots en manquent presque au pourtant loquace maire de Nougaroulet Pierre-Yves Arnaud au moment de commenter le choix de la direction adadémique de réduire la voilure de l'école primaire locale. Si l'Education Nationale explique les suppressions de postes par l'inévitable tendance à la baisse démographique qui touche toute la France, l'édile gersois perçoit de son côté la lame de fond de l'abandon progressif des communes rurales sur l'autel des implacables mathématiques. Pour Pierre-Yves Arnaud comme pour son homologue crastais Sébastien Dabasse, la pérennité du groupe scolaire est un emblème : celui d'une ruralité pleine de vie, et donc de la capacité des petites communes à continuer d'exister indépendamment des centres urbains.
Nouvelle gendarmerie, foncier, assistantes maternelles, des maires à l'attaque
« Remettons les communes au centre du débat, les centralités c'est très gentil mais si nous avons une possibilité de créer quelque chose, n'attendons pas. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, les maires ont leur dynamique dans leurs mains ». Quelques semaines après l'échéance des élections municipales, le maire réelu lance un cri du cœur et invite ses confrères à activer les leviers à leur disposition. « Au niveau de Crastes il y a un gros effort de fait sur l'offre foncière avec des terrains constructibles, un lotissement qui est en cours avec une dizaine de logements à venir. Nougaroulet a su gagner sa gendarmerie, quatre familles d'ici juin-juillet et dix à terme, qui basculeront plus tard sur une caserne ». Des projets « qui font que ça avance dans le bon sens » pour maintenir une démographie repartie à la hausse dans ces deux villages du Grand Auch – +3% entre 2017 et 2023 – et attirer surtout de nouvelles familles, avec la présence à Nougaroulet d'assistantes maternelles.
L'école elle-même dispose, outre « des institutrices qui ont du savoir-faire et qui donnent de leur temps plus que de raison », d'une cantinière. « Alexia, une vraie cantinière qui achète ses produits, qui gère son budget et qui fait … j'y suis passé tout à l'heure, du poulet aux olives et citrons confits ». De quoi chatouiller les narines des habitants et éveiller les papilles des enfants alors que le taux d'obésite chez les jeunes suit dans l'Hexagone une courbe inverse à la démographie. Et même si « une école ça coûte des ronds, on assume » lance Pierre-Yves Arnaud, qui poursuit : « il faut que derrière ça suive, surtout de l'Education Nationale ». Partenaire avec lequel les mairies travaillent et se chamaillent de temps à autres, l'institution a parfois pris le mauvais chemin selon le maire nougarouletois, comme avec le Service National Universel, « des millions d'euros inutiles alors qu'on est en panne d'AESH (NDLR : accompagnant des élèves en situation de handicap), une aberration ». Le dialogue n'est toutefois pas rompu, et la dynamique tout-terrain du tandem Crastes-Nougaroulet a semble-t-il convaincu le directeur académique Farid Djemmal « du potentiel » de ce RPI rural. Réponse en septembre.
Rédaction